C’est un cliché : un texte sur le Web ne se lit pas comme un texte imprimé, la rédaction Web est donc très différente de la rédaction pour l’imprimé.

Et si c’était complètement faux?

La première partie de ma carrière était dans le magazine. Puis, quand Internet est arrivé, j’avais conclu que le média existant qui ressemblait le plus à cette nouvelle chose un peu bizarre qu’était un site Web, c’était le magazine. J’ai alors fait le saut.

Aujourd’hui, après une quinzaine d’années à rédiger pour le Web puis à gérer une équipe qui produit des textes Web, j’arrive à la conclusion que la rédaction, de façon générale, peut apprendre de la rédaction Web.

J’explique : face à un dépliant, un magazine, un journal, le lecteur survole la page, accroche au titre, au lead, aux intertitres, aux mots en exergue ou en gras. Il évalue très rapidement la perception qui se dégage de la mise en page. C’est ce qu’on appelle la “lecteur Web”.

Rare sont les lecteurs qui, méticuleusement, commencent à lire le texte sans d’abord avoir analyser l’ensemble de la page. L’oculométrie Web nous apprend que cette analyse ne prend peut-être à peine qu’une ou deux secondes, mais elle se fait toujours. C’est tout aussi vrai pour l’imprimé.

Le rédacteur “print” doit donc travailler comme un rédacteur Web.

Bien sûr, chaque média a ses particularités. Un texte qui doit être entendu à la radio ne sera pas rédigé de la même façon qu’un texte lu à l’écran d’un iPhone. Même chose pour tout ce qui est lié aux moteurs de recherche : je n’ai pas encore trouvé la façon d’appliquer à un roman le SEO que nous avons appris avec Google! ;-)

Pourtant, même un texte linéaire comme un roman pourrait bénéficier de la rédaction Web. J’ai hâte de lire un roman dont la mise en page fait partie de l’histoire, de l’expérience de lecture…

En fait, c’est en permettant de mesurer l’efficacité réelle de petits changements au texte (par exemple, en comparant les revenus générés par deux pages) que la rédaction Web permet de tirer des enseignements qui s’appliquent à l’ensemble des textes.

 


Photos

La première est un extrait du roman Lolita. La photo est de orangeacid. La seconde est une traduction de “Lorem ipsum”, un texte latin utilisé depuis longtemps par les graphistes comme texte de remplissage. La photo est de Andrew Mason. Ces deux photos sont utilisées sous licence Creative Commons.

4 réponses à “Rédaction : l’imprimé doit apprendre du Web”
  1. J’adhère complètement à ce billet.
    Le Web, vu l’impatiente de ses lecteurs, a permis (et permet chaque jour) de pousser plus loin notre compréhension de ce qui est essentiel dans un texte.
    L’incohérent et le superflu sont balayés, et c’est tant mieux !
    Vivement des textes riches, fluides, significatifs et convaincants.

  2. Rédactrice dans l’âme depuis le jour où j’ai su tenir un crayon (professionnellement et exclusivement, depuis une dizaine d’années), je mords avec appétit dans ce défi que nous impose la rédaction Web : capter et retenir l’attention pour éviter de perdre ce lecteur qui n’est toujours qu’à un clic de nous expédier aux oubliettes. Pour moi, c’est ce à quoi le Web nous confronte le plus et c’est ce qu’on devrait en retenir.

    Bien sûr, ce même souci devrait inspirer n’importe quel écrit. Pourtant, lorsque j’ouvre un magazine, je sais que je vais généralement le parcourir d’un bout à l’autre. J’ai cet objet entre les mains; autant en venir à bout! Sur Internet, j’ai des dizaines et des dizaines de sites et de blogues parmi mes favoris. Lorsque je plonge dans cette longue liste, c’est à coup de seconde que je décide de lire un article. Ou non.

    Comme rédactrice, cela m’amène à user de séduction, de stratégie, presque de ruse de guerre, pour survivre au risque de rejet instantané. Si, au bout de quelques lignes, le lecteur a envie de prendre son temps, pour faire durer le plaisir, alors là on peut penser qu’on a relevé le défi.

    Le Web nous a forcé à évoluer vers de nouvelles façons de concevoir le texte écrit. Maintenant qu’on commence à en saisir le pouvoir… on serait bien fous de s’en passer!

  3. Merci pour cette introduction à l’oculométrie Web !
    Ce post rejoint beaucoup celui que j’ai récemment rédigé pour le Contri Club à propos d’un outil de modulation de lecture d’un texte sur Internet.
    Pour plus d’infos : http://blog.contriclub.fr.nf/2009/02/16/ecrit-a-geometrie-variable/
    Pour voir la démo : http://contriclub.fr.nf/test.html

  4. Mike Frenette dit:

    Un rédacteur web, n’a-t-il pas la noble mission de faire poser un geste au lecteur? Ou doit-il simplement rédiger une ‘carte d’affaires en plusieurs pages’ avec de ‘beaux ‘tits dessins’…?

    On le voit par les blogs qui sont très fréquentés; ce n’est pas le design ou la mise en page qui génère le succès du blog… ce sont les mots choisis et la stratégie derrière les mots choisis.

    Une fois passé notre étonnement devant une superbe brochure ou un site époustouflant, notre cerveau tient rapidement à se remettre de ses états et se concentre très rapidement sur le ‘contenu’ pour faire fit de tout l’aspect ‘ludique’ de ce qu’il perçoit.

    Pour saisir l’essence de ce qu’est la rédaction qui provoque l’action chez le lecteur (copywriting persuasif), voici un excellent livre : Architecture of Persuasion, de Micheal Masterson… celui qui est derrière le succès de EarlytoRise.com… un newsletter qui génère 20 millions de $… le Monsieur sait de quoi il parle…

    Il use de l’analogie de la relation amoureuse afin de démontrer comment la rédaction persuasive utilise, dans les faits, des processus similaires.
    Très puissant.

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